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La charte morale et les principes éducatifs

La charte morale

  Préliminaires

Si, selon Axel Munthe

"Ce n'est rien donner aux hommes si l'on ne se donne soi-même", suffit-il alors de se donner soi-même pour se donner à autrui de façon constructive ?

Alors tout découlerait d'un simple don de sa personne, l'oeuvre d'éducation serait aisée et accessible à bien des gens généreux.

Cette interprétation de la maxime de Munthe cernant une morale globale, ne suffit pas, dans son profil, à définir l'exigence d'une charité morale tant dans l'ordre pratique que dans l'assise pédagogique, éducative et morale.

Nous ne nous arrêterons pas à l'analyse des divers principes exposés en détail dans les pages qui suivent, qui, cependant ne sont point immuables mais se doivent de rester d'une actualité permanente.

Nous considérons l'action éducative comme une mission pour celui qui se sent intérieurement attiré vers un autre soi-même avec toutes les contraintes et obligations qu'implique l'oeuvre à autrui.

* * *

Sans doute ne pourrais-je mieux l'éclairer qu'en examinant dans cette tâche, le rôle de l'équipe.

Cheville ouvrière et charnière indispensable à notre vie communautaire telle d'abord qu'elle s'exerça dans le passé, telle qu'ensuite elle nous apparaît dans le présent, mais aussi telle que nous la concevons dans son devenir, cette équipe qui s'est forgée tout au long des difficultés premières, qui s'est retrouvée au meilleur d'elle-même pour reconduire par sa présence une action ininterrompue auprès d'enfants en péril d'abandon, cette équipe s'est librement haussée à cette qualité de recherche personnelle pour répondre aux besoins que réclamait la gravité de la perte d'un environnement sécurisant pour ces enfants ballottés dans leur existence.

Cette équipe s'est alors penchée avec autant d'intelligence que de sollicitude sur les problèmes qu'engendrent, jusque dans notre vie actuelle, le désarroi général et l'absence de toute possibilité d'exprimer sa personnalité.

Si le chemin parcouru encourage à poursuivre notre action, il faut cependant se rendre à l'évidence que la tâche n'est qu'à son début, que notre rôle de catalyseur doit s'exercer avec une insistance tout aussi personnelle que collective. Demain réclamera, plus que jamais, la nécessité de relations ouvertes, réciproques, allant de l'enfant à l'adulte et vice-versa, une action de participation et de présence ininterrompue, efficace, concernant l'enfant comme l'adolescent dans toute l'interrogation comme aussi dans leur progression; telle se doit être la tâche constante de l'équipe active.

Ceci suppose et admet que l'éducateur sache retrouver une intériorité en son repli personnel, sa réflexion, tout autant qu'en sa méditation. Une intériorité qui, à la recherche de soi-même concerne aussi l'enfant dans sa curiosité d'approcher, la connaissance de ce qui de nous à lui, de lui à nous peut parfaire ces contacts permanents, cette constante préoccupation de l'enfant tels que l'exiger la vie communautaire.

Il faudra à chacun de nous cette intuition révélant l'appel de l'autre et faisant nôtre cette pensée de Merleau-Ponty "Le propre de l'intuition est d'appeler un développement, de devenir ce qu'elle est, parce qu'elle renferme une double référence à l'être muet qu'elle interroge, à la signification maniable qu'elle en dégage, qu'elle est l'expérience de leur concordance."

Si dans le passé il suffisait d'étroits contacts avec nos orphelins pour leur rendre un foyer perdu, notre obligation sera des plus impératives, en regard du nombre croissant d'inadaptés de toute catégorie que nous serons amenés à restructurer. Cette "existence protégée" d'après Bettelheim que nous devons leur assurer, trouvera sa valeur d'exemple dans cette équipe toujours disponible et attentive. C'est alors qu'autour de nous, il y aura de nouveaux départs, de vastes champs d'action pour tous, enfants et équipe, indistinctement.

Il va sans dire que toute cette tâche "sur le tas" s'inscrit dans un concept des meilleures et des plus pertinentes méthodes éducatives et pédagogiques. L'on se doit de refuser tout ce qui régresse. On veillera à sauvegarder d'heureuses initiatives comme de confier à une mère éducatrice le rôle de guide dans les activités domestiques avec le groupe Montessori (enfants du 1er degré). C'est à cette place des plus importantes que se forge, de jour en jour, le plus secret de l'enfant qui tout en développant ses aptitudes, l'invite à une participation toujours plus large pour l'amener lentement, pas à pas, vers son équilibre et, par delà, son indépendance.

Il y a lieu de craindre comme le prouve l'expérience écoulée que s'inscrivent des périodes ingrates comme aussi des présences inefficaces à l'action éducative. Il appartiendra à l'équipe de savoir diagnostiquer le mal sans complaisance, de regarder la difficulté sans détours mais, l'analyse terminée, se souvenir que ce ne sont là que déboires humains, qu'épreuves relatives... Cesserions-nous de poursuivre l'oeuvre à accomplir, toujours inachevée ?

* * *

Chère équipe

Nous pourrions évoquer dans cet alignement d'exigences ton honnêteté, ta rectitude comme aussi ton inlassable dévouement mais l'ampleur de la tâche éducative ne se conçoit pas sans cette assise fondamentale; quelle que soit ta place, ton rôle, ta responsabilité, tes initiatives, rappelle-toi que, comme le dit Gide, "Il n'appartient qu'à toi..."

Cette disponibilité envers un autre toi-même encore indécis, imprécis en son tâtonnement, te posera sans relâche réflexion, interrogation quant à lui, quant à toi, question toujours remise sur le pourquoi ou le devenir de l'être. Tant que tu te questionneras tu seras dans le vrai, qui veut progresser doit savoir s'interroger.

Tout peut se résumer dans cette pensée de Rainer Maria Rilke qui terminera ce propos :

"Efforcez-vous d'aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les "vivre" et il s'agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans réponses."

Yvès Krüger.

  Introduction

Le but de la Fondation est d'aider les enfants à se développer harmonieusement dans tous les domaines : physique, intellectuel, artistique, mais aussi moral, spirituel et social.

Pour que l'enfant participe à son développement dans cette perspective, la Fondation constitue une communauté entre le groupe des enfants et l'équipe des adultes.

La vie en communauté facilite et stimule le développement de l'individu, tant par l'environnement social et l'accomplissement des tâches matérielles de la vie quotidienne que par les possibilités qu'offrent les différents ateliers proposés aux enfants en dehors de travaux scolaires qui n'occupent en principe que la demi-journée.

Pour être efficace, cette formation doit être comprise dans ses buts et dans ses méthodes par les familles qui ne doivent pas seulement y adhérer formellement, mais les accepter et dans la mesure du possible les pratiquer à leur tour avec leurs enfants. Les enfants dont les familles n'acceptent pas ce comportement se trouveront défavorisés dans le groupe par rapport aux autres.

Les principes pédagogiques, fruits de l'expérience, qui sont regroupés dans ce texte et les méthodes qui en découlent sont sous-tendus par une volonté d'aider les enfants à devenir des individus conscients et solidaires, capables de juger et d'apprécier à leur juste valeur les biens matériels, mais ne les confondant pas avec le but à atteindre dont ils ne constituent qu'un moyen parmi d'autres.

Ces principes pédagogiques supposent que l'enfant et donc les parents sentent bien que c'est lui qui est en cause et que s'il peut être aidé et soutenu par le groupe et par les adultes, plus particulièrement, il n'en reste pas moins responsable de son développement.

Ces principes généraux font l'objet des chapitres suivants.

  Première partie - Principes pédagogiques

Dégager par la pratique les valeurs fondamentales d'un individu afin de l'aider à les développer harmonieusement.

En dehors de la connaissance de l'enfant que donnent le dossier médical, le dossier scolaire et les parents, la mise en situations diverses et l'observation continue sont les meilleurs révélateurs des caractéristiques de l'individu.

A La Coûme, la vie en groupe et le mi-temps pratiqué dès l'origine offrent à l'enfant le plus large éventail de possibilités, multipliant ainsi pour chacun les chances d'éveil et d'affirmation.

Si le contenu du travail scolaire en raison de l'uniformité des programmes est à La Coûme le même qu'ailleurs, la participation aux tâches quotidiennes de la communauté et aux ateliers divers y permettent à chacun de s'affirmer face au groupe et face à lui-même.

Les adultes qui, suivant leurs convictions et leurs principes, vivent la vie du groupe et participent à tous les travaux doivent donner l'exemple du respect des valeurs qu'ils souhaitent voir adoptées par les enfants. Ils interviennent autant par cet exemple que par les conseils ou avis qu'ils peuvent donner.

Leur présence, qui est une contrainte et une aide, oblige au travail bien fait, qu'il s'agisse du travail scolaire ou de toutes les autres activités.

L'organisation de la vie pratique, l'importance relative dans le temps accordé à chaque chose, témoignent d'un souci d'équilibre vécu par tout le groupe et qui doit imprégner chacun, éviter la nervosité et les tensions de la vie urbaine, créant ainsi un climat favorable au développement harmonieux des enfants.

Les tâches quotidiennes

La situation de La Coûme, en pleine nature, à l'écart de tout lieu habité, dans un cadre resté naturel, permet à la communauté, en assurant elle-même l'ensemble des tâches quotidiennes, de retrouver une vie naturelle.

L'entretien de la maison, la préparation des repas, le service à table, sont des activités auxquelles on accorde autant d'attention qu'aux travaux scolaires. Elles sont accomplies exclusivement par les enfants et les adultes à l'exclusion de tout personnel de service spécialisé permanent.

Elles sont l'occasion d'apprendre et de former son caractère autant que les autres tâches et peuvent constituer, pour certains enfants, une occasion d'affirmer leur personnalité. Pour les autres, elles sont un apprentissage du respect du travail manuel.

Pour tous elles constituent un entraînement à la rigueur et à la discipline envers soi. Un nettoyage mal fait, un repas mal cuit, une vaisselle mal terminée se constatent sur le champ. Le groupe responsable doit le refaire.

Pour tous également, l'accomplissement de ces tâches est un rappel des nécessités élémentaires de l'existence que tous n'auront pas toujours les moyens de faire exécuter par d'autres. L'expérience prouve que nombreux sont les anciens élèves qui se sont bien trouvés dans leur existence de cette expérience acquise à La Coûme.

Les activités culturelles

Elles sont un autre domaine d'épanouissement des possibilités de chacun. Il convient qu'elles soient aussi variées que possible.

La Fondation apporte une attention particulière tant à la variété qu'à la qualité de ces activités. Elle profite au maximum des opportunités que révèle l'environnement pour réaliser de nouveaux ateliers, chaque fois que l'occasion s'en présente.

dans le domaine sportif

En dehors de la vie de plein air, sur un terrain accidenté, où les jeux des enfants sont déjà un exercice naturel, on utilise systématiquement le relief dans les jeux sportifs, les grands jeux et les excursions.

La natation est pratiquée en bassin de 25 m chauffé.

Le ski de fond est pratiqué 2 mois par an à l'occasion d'une classe de neige et les enfants capables participent aux compétitions scolaires et autres.

Un professeur d'éducation sportive assure sur place cet enseignement.

dans le domaine artistique

Sous la responsabilité des membres de l'équipe compétente et avec l'aide d'animateurs extérieurs, sont pratiqués :

- la musique (solfège et pratique au moins d'un instrument)
- le chant et la danse
- le théâtre, les jeux dramatiques, les montages littéraires
- les travaux manuels
- le dessin

dans le domaine scientifique :

- l'astronomie
- les sciences naturelles

dans le domaine des loisirs actifs :

- le jardinage
- la photographie et le cinéma

Des ateliers de langues vivantes avec la présence de lecteurs d'Anglais, d'Allemand et d'Espagnol, fonctionnent à longueur d'année et sont suivis (pour certains élèves) par des séjours de fin d'année, organisés à leur intention par la Fondation.

Enfin, chaque année, les plus grands des enfants participent alternativement à une campagne de vendanges ou à un voyage d'étude.

dans le domaine scolaire :

La Fondation, dans ce domaine, respecte le contenu des programmes de l'Education Nationale afin de permettre aux enfants de passer les examens.

Le travail s'effectue en petits groupes et, pour chaque enfant, à un rythme qui lui convient, dans la semaine, afin que l'ensemble des matières soit étudié dans le cadre de l'année scolaire, mais que l'adaptation aux capacités de chacun permette à tous d'assimiler ce qu'il faut apprendre.

La vie en groupe

La vie en groupe mixte adultes - enfants où chacun a son rôle à jouer, valorise chaque individu. Elle permet de supprimer les inégalités sociales entre les familles, chacun vivant à égalité dans le groupe.

Dans le groupe en fonction de son âge et de ses capacités, chacun doit accomplir sa tâche. Il sera aidé par les autres en cas de besoin, mais l'auto-contrôle du groupe le contraindra à accomplir sa tâche.

L'enfant y développera avec les autres son sens social, esprit d'entraide et de solidarité, effort en commun, assistance mutuelle, mais aussi obligation de faire son travail à sa place dans le groupe, ce qui développe la responsabilité personnelle de chacun.

Le groupe est également école de responsabilité sociale, prise en charge des petits par les grands, responsabilité d'équipe de travail, de jeux, d'ateliers, etc.

L'individu y apprend qu'il peut compter sur le groupe pour autant qu'il lui apporte sa participation. Il apprend à juger ses compagnons sur ce qu'ils font, plus que sur ce qu'ils disent.

Pour que cette vie de groupe prenne sa pleine valeur, l'expérience a montré qu'il existe, compte tenu de l'importance numérique de l'équipe adulte, un optimum pour l'effectif des enfants.

Les groupes d'âges homogènes doivent être assez étoffés pour que la vie sociale s'y établisse, mais pas trop pour que la connaissance mutuelle soit possible.

Jusqu'à un maximum de 50 enfants, le groupe conserve toute sa valeur éducative; Chacun y connaît tous les autres et est connu de tous.

Chaque enfant est suivi par chacun des adultes à travers ses différentes activités.

Collaborer avec les parents

La mise d'un enfant en internat, qu'elle qu'en soit la justification, est le plus souvent un constat d'incapacité temporaire ou partielle à assumer sa responsabilité.

La confiance accordée aux éducateurs pour qu'ils assument cette mission 9 ou 10 mois par an ne dispense pas les parents de jouer leur rôle fondamental. Mais il est évident que parents et éducateurs doivent être en accord sur les options de l'éducation des enfants.

Si cet accord n'existait pas, la communauté en pâtirait et les enfants se trouveraient désorientés à chaque passage de la vie familiale (vacances) à la vie de groupe.

L'accord fondamental étant acquis, les parents doivent à la fois être informés des méthodes et de leur justification et faire confiance aux éducateurs.

Ils peuvent interroger et juger. Ils doivent participer au maximum aux activités et rencontres qui leur sont proposées. Dans la mesure de leurs moyens et de leur temps disponible, ils peuvent apporter, en fonction de leurs connaissances, de leurs capacités, une contribution à l'oeuvre entreprise.

Mais surtout, ils doivent être en accord avec les principes et les méthodes, les connaître et les apprécier assez pour ne pas en prendre le contre-pied systématique pendant les périodes où ils ont la responsabilité des enfants.

Il est préférable, quand le désaccord est trop grand, de trouver en fin d'année scolaire, une autre solution pour l'enfant qui en pâtira moins.

La laïcité

Un des points principaux sur lesquels l'accord entre les parents et la Fondation doit être acquis est son caractère fondamental laïque.

Reconnue et parrainée par l'Education Nationale, dont la laïcité est un principe de base, la Fondation ne peut qu'être laïque, mais elle y puise une richesse que l'équipe considère comme fondamentale pour les enfants.

Reconnaissance de la diversité des croyances et des opinions et de la richesse que cette diversité offre à tous, à condition que l'ambiance laïque permette à chacun d'exprimer complètement sa pensée. Richesse encore qui impose à chacun d'entendre les points de vue divergents.

Attitude d'esprit qui veut que tout en ayant ses opinions arrêtées, on admette que le partenaire n'a pas absolument tort dans tous les domaines, qui veut aussi que l'on admette que demain les choses ayant évolué, on aura soi-même évolué et que la connaissance du point de vue d'autrui sera bénéfique pour cela.

La laïcité vécue de la Fondation est plus large et plus riche que le simple respect des opinions de chacun et la retenue qui veut que l'on n'impose pas aux autres, aux enfants surtout, des croyances et des opinions qu'ils n'auraient pas librement choisis.

L'ouverture sur la société

L'isolement géographique de La Coûme pourrait conduire la communauté à une vie refermée sur elle-même, centrée sur ses tâches quotidiennes et sur le travail scolaire, qui n'est pas spécialement ouvert sur la vie sociale.

La Fondation en est très consciente et ses origines, comme son histoire, lui permettent une ouverture exceptionnelle sur l'extérieur.

Installée sur un domaine remis en état grâce à l'aide des quakers anglais, ayant été pendant plus de vingt ans une auberge de jeunesse à fréquentation internationale particulièrement importante, ses animateurs ayant un réseau de relations personnelles très développé, l'équipe tient à maintenir le caractère international de la communauté.

Présence de lecteurs anglais, allemands, espagnols, etc, recrutement international des enfants du groupe, échanges linguistiques périodiques pour les enfants n'ayant pas d'examens, colonies de vacances internationales (avec cours de français) en juillet, camps de travail internationaux en été, sont des témoignages concrets de cette volonté affirmée d'ouverture sur l'extérieur.

La recherche des contacts systématiques avec les personnes de la région susceptibles d'apporter aux enfants des expériences enrichissantes, des informations sur la vie régionale, la présence fréquente de tels hommes à la table commune, sont dans un autre domaine des témoignages de la même volonté.

L'expérimentation

Si la Fondation, dans son état actuel, reste une expérience pédagogique ouverte aux personnels enseignants de la région qui y viennent en visites professionnelles, elle est aussi un lieu ouvert à l'innovation dans tous les domaines où ses méthodes peuvent apporter des solutions nouvelles : colonies de vacances, camps de jeunes, séminaires de travail, etc.

  Deuxième partie - Méthodes

Les principes pédagogiques résumés ci-dessus se traduisent au niveau :

- du recrutement
- des horaires d'activités
- de l'encadrement
- de l'organisation des responsabilités

C'est l'exposé de ces méthodes qui fait l'objet de ce chapitre.

Le recrutement

Il est limité à l'âge de la scolarisation, 6 ans pour les plus jeunes.

Pour la limite supérieure d'admission, on retient généralement 14 ans, âge après lequel les disciplines de base sont acquises et la formation de la personnalité ne permet plus de bénéficier pleinement de la communauté.

Le recrutement, qui est la responsabilité pleine et entière de l'équipe en dehors de toute contrainte, tient compte d'un certain nombre d'équilibres afin de donner à la communauté sa pleine valeur éducative et de ne pas y introduire des distorsions.

Equilibre entre les sexes (1/3 de filles - 2/3 de garçons) afin qu'il n'y ait pas une majorité écrasante de garçons ou de filles et partant une minorité qui pourrait en pâtir.

Equilibre entre les groupes d'âges.

Equilibre entre les origines sociales (des bourses sont attribuées par la Fondation afin que l'insuffisance des revenus de certains parents ne soit pas un obstacle).

Equilibre entre les origines géographiques, régionale et nationale.

Dans le même souci d'équilibre, l'équipe refuserait une spécialisation - enfants de musiciens ou d'astronomes, ou encore enfants issus d'une même appartenance politique ou religieuse.

Enfin, un critère important du recrutement est l'accord des parents sur les principes et les méthodes pédagogiques de la Fondation.

Programme de la journée, de la semaine, de l'année

Equilibre de l'horaire

Un facteur important de l'équilibre des êtres est celui de la répartition judicieuse du temps, aussi bien dans la journée que dans la semaine et dans l'année.

Le principe fondamental de cet équilibre est l'alternance bien étudiée des moments d'activités ou de travail et ceux de détente ou de repos.

dans la journée

Les heures de sommeil sont longues et calmes, dosées selon l'âge et les besoins physiologiques.

Une heure d'activité manuelle avant le petit déjeuner ouvre les appétits. Et les enfants arrivent en classe à huit heures, détendus et dispos. Le temps de la matinée est celui de la concentration la plus grande et la plus aisée.

De 8h à 10h30 on place les études les plus ardues, celles qui demandent le plus de continuité et de concentration (mathématiques, sciences physiques, langues vivantes, français, latin,...)

De 10h45 à 13h prend place un seul cours d'une discipline plus détendue (histoire, géographie, sciences naturelles, littérature,...) Ces deux heures consécutives permettent l'examen approfondi de documents, les recherches personnelles, le travail d'équipes, le dessin de cartes, etc.)

Le repas de midi dure au moins une heure, il se prend dans le calme et permet les libres échanges de conversations puisque tout le monde s'assied à son gré autour de la même table, enfants et adultes.

Il est suivi d'une heure de totale liberté passée en plein air.

Les activités de l'après-midi, variées selon les jours, les saisons, l'âge des enfants, les incidences fortuites durent de 15h à 17h. De 17h30 à 18h30 alternent selon les jours chant choral, jeux sportifs, jeux libres, lecture...

Puis vient le temps des douches avant le dîner.

Et la journée s'achève généralement par une heure de lecture personnelle silencieuse, sauf pour les plus jeunes qui vont tôt au lit.

l'horaire de la semaine

Il suit un rythme tout aussi équilibré :

6 matinées de classe, 3 après-midi d'obligations matérielles - car chacun doit apprendre à pourvoir à son entretien personnel et à celui de la collectivité -, 3 autres d'ordre créateur (marionnettes, rythmique, ateliers divers, sports, etc).

Le dimanche, pour répondre aux principes d'une laïcité bien comprise, toute la communauté se réunit pour "l'heure d'unité" du matin en écoutant de la musique : là chacun se retrouve en silence face à lui-même, mais au sein du groupe complet.

Ensuite, selon les possibilités, ceux qui le souhaitent peuvent assister au service religieux de la localité la plus proche, ceci toujours dans le même esprit de respect d'une vraie laïcité.

Les après-midis se passent, selon une alternance bien étudiée en jeux, grands jeux collectifs, excursions, ou liberté totale pour que les enfants et les adolescents apprennent à s'organiser eux-mêmes et à meubler leur temps de loisir.

La soirée réunit à nouveau tout le groupe pour une veillée autour de la cheminée.

l'année

Elle suit un rythme régulier : elle commence toujours par une activité qui soude le groupe : vendanges ou voyage d'étude alternativement.

Le premier trimestre de travail intensif se termine par la fête de Noël, préparée tous ensemble.

Après les vacances du Jour de l'An commencent les deux mois de "classe de neige" où sport et classe se partagent équitablement la journée.

Au retour, on prépare la fête annuelle des parents pour Pâques ou Pentecôte.

Et le troisième trimestre connaît une activité intense : préparation des examens pour les uns, travaux d'extérieur plus nombreux grâce au beau temps pour d'autres...

L'encadrement

La Fondation est administrée par un Conseil d'Administration chargé du respect des statuts et du règlement intérieur, de la gestion financière.

La responsabilité pratique et pédagogique est assurée totalement par une équipe permanente (qui fait également partie du Conseil d'Administration).

Cette équipe se réunit aussi souvent qu'il le faut pour prendre toutes les décisions sous sa propre responsabilité.

Dans les tâches pratiques, les activités et l'enseignement, l'équipe est aidée :

- par les enseignants rémunérés par l'Education Nationale,
- par les lecteurs étrangers,
- par les aides bénévoles acceptées par l'équipe.

Si l'équipe permanente vit totalement sur place avec les enfants, le statut des autres catégories est variable.

les enseignants

Rémunérés par l'Education Nationale dans le cadre d'un contrat passé avec la Fondation.

Ils ne vivent pas avec les enfants d'une façon permanente et ne sont en général pas logés sur place.

Leur emploi du temps est organisé pour concilier l'intérêt des enfants et les possibilités pratiques de leurs déplacements.

Ils peuvent s'ils le souhaitent animer des ateliers à titre bénévole.

Les contacts avec l'équipe; pour traiter des problèmes de leur enseignement et des enfants, sont aussi fréquents qu'ils le souhaitent.

Une réunion mensuelle systématique de tous les enseignants avec l'équipe, pour toutes les mises au point, est organisée.

les lecteurs étrangers

En général jeunes, ils sont intégrés à la communauté. Ils partagent la vie du groupe et notamment ils assurent les tâches de la vie quotidienne comme les membres de l'équipe et les enfants.

Ils animent des ateliers dans leur langue maternelle et suivent les cours de français de leur niveau.

Toutes les deux semaines, une réunion spéciale avec l'équipe fait le point de leur travail et de leurs difficultés.

les aides bénévoles

Il peut s'agir de parents d'élèves ou d'anciens qui se mettent bénévolement et pour une durée déterminée à la disposition du groupe.

Connaissant la vie de la communauté, ils en acceptent les règles et s'y plient.

Ils sont intégrés au groupe et en partagent les activités. Ils participent aux réunions de responsables.

Une réunion mensuelle a lieu entre tous ces adultes afin de faire le point sur la vie du groupe, d'en discuter tous les aspects et de prendre les décisions qui pourraient s'imposer.

la responsabilité collective

L'un des moyens les plus efficaces du développement du sens des responsabilités individuelles et sociales est le travail par équipes.

Celles-ci ne sont pas fixes mais différentes selon les activités.

Par essence, l'équipe est éducative en son sein même, c'est-à-dire que son responsable en forme un futur, qui, lui-même, prend en charge les moins compétents. Mais le responsable (et pas forcément l'aîné) doit d'abord savoir faire le travail de tous et ne jamais se décharger sur un plus petit ou un moins capable. En aucune façon l'équipe ne doit servir à certains de moyens d'autoritarisme ou de dirigisme.

Les éducateurs doivent être très vigilants quant au respect de ce principe, car sa valeur éducative personnelle et sociale ne doit en aucun cas être transgressée.

L'équipe est seule pleinement responsable de l'exercice dont elle a pris la charge.

Pour les différentes tâches de la vie quotidienne assurées entièrement par le groupe, des responsables et des responsables adjoints sont désignés parmi les enfants et des équipes de service sont constituées et renouvelées aussi souvent qu'il apparaît souhaitable.

Ces responsables se réunissent entre eux quand cela leur apparaît nécessaire.

Une réunion bi-mensuelle des responsables avec les lecteurs et l'équipe passe en revue les problèmes posés par la vie du groupe et y apporte des solutions.

Aucun enseignement spécial ou particulier ne peut être exigé pour un enfant dans l'établissement.

L'équipe se réserve de décider dans quel cas un enfant justifie un tel enseignement et prend, en accord avec les familles, toutes dispositions pour le lui faire donner.

La Fondation ne prend aucune responsabilité dans la formation religieuse, politique ou idéologique partisane des enfants. Ceci n'exclut évidemment pas des échanges entre membres de la communauté dans le respect du principe de laïcité exposé ci-dessus. Cette formation assurée à l'extérieur à la demande des familles ne doit pas perturber la vie de la communauté.

Aucune propagande politique ou religieuse n'est autorisée dans l'établissement. L'affichage systématique susceptible de gêner la liberté de chacun est également interdit.

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