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La Roche

N° 01

novembre 1997

Bulletin de liaison
de l’Association
des Amis
et
Anciens Elèves
de
LA COÛME


Editorial

Mémoire vive :

En passant devant La Coûme

Les clefs du bonheur

Le thème du numéro :

Noël à La Coûme

A vos plumes

Editorial

Le premier Bulletin de l'Association signait comme l'acte de naissance d'une volonté de recréer des liens entre toutes celles et tous ceux qui s'étaient nourris des richesses de la Coûme.

Voici le second, porteur d'un double espoir :

  • maintenir et développer cette amitié retrouvée à travers l'espace et le temps, pour confirmer le partage entre tous les membres d'une même communauté
  • faire connaître, au-delà du premier cercle, l'éventail des valeurs qui fondent la raison d'être de cette grande famille.

Et cette démarche apparaît plus que jamais indispensable et justifiée, quand on observe les convulsions du monde actuel, et que l'on perçoit les menaces brandies par les extrémisme de tous bords.

N'est-ce pas le moment de réaffirmer que la Coûme se veut :

  • un foyer d'humanisme et d'humanité, pour donner toujours plus de sens à la vie; tolérance et solidarité en premier lieu.
  • un centre d’éducation, une éducation forte et libératrice au service de l’enfance et des générations futures.
  • une plate-forme européenne et internationale, pour entrer de plain-pied dans le XXIème siècle avec l’ouverture d’esprit et de coeur si nécessaire aujourd’hui.

La Coûme se maintiendra sur cette ligne de crêtes, fidèle à ses options et ses engagements, et manifestant comme un devoir de mémoire aussi bien que de projection dans l’avenir. Peut-être faut-il de nouveau entrer "en résistance", résistance intellectuelle et morale, ou tout simplement résistance "citoyenne"...

Nous formulerons un souhait pour terminer :

que le prochain Bulletin, le troisième d’une longue série, nous l’espérons, témoigne d’une participation élargie des Membres de l’association, et qu’il soit donc comme le reflet d’un nouvel engagement collectif.

Chers amis, à vos plumes et stylos, à vos ordinateurs... Le Bulletin vivra de vos apports et sera le vôtre. Oui il vous appartient.

La Rédaction.

Mémoire vive - 1

En passant devant LA COÛME, mars à août 1944.

A quoi pouvait-il donc penser, cet étudiant de 19 ans, fraîchement titulaire de son P.C.B., vêtu - non pas pour froisser le bourgeois, mais parce qu’il n’y avait rien d’autre à se mettre - comme un manoeuvre déguenillé ? Il l’empruntait de préférence la nuit, ce petit ponceau en arc de cercle d’où partait le rugueux chemin de la Coûme : vers minuit. Certains rares dimanches, il arrivait à la gare de Prades à 20h 45 et - parce que le couvre-feu était à 21h, il faisait le grand tour par les ruelles mal éclairées du nord de Prades, pour ne pas passer devant la Maison de la Gestapo, entre les grands platanes de la route de Cattlar, où, au chaud au printemps sur la terrasse, assis à partir de mai à l’abri des bambous, Walter WIESE et ses deux sbires devisaient. De quoi ? des maquis qui enflaient autour de Prades ? du commencement de la fin ? ou tout simplement de l’excellente soirée passée la veille dans cette maison voisine ("welch’ein wirt, meine Herren !") où il avait table ouverte ?
De la gare, dans la nuit, quelquefois avec deux ou trois "réfractaires", il fallait monter au Col de Jau, et au Caillau. 32 km en tout... c’est peu, à 19 ans ! Le ciel, l’odeur des cistes, le cri des animaux non chassés depuis trois ans... la peur aussi, on doit le dire, étaient nos amphétamines, notre ectasy ! Il fallait marcher, pour être là-haut avant six heures. Il fallait les faire, ces 32 km !
Au tournant de la Coûme - vers minuit ou une heure - on pensait "ils sont bien tranquilles, là-haut !" A la Forge, on se couchait une heure ou deux, sous un agréable et odoriférant mélange de foin et de charbon de bois. Puis on repartait, on marchait, on pensait - pendant de longs silences - mais on pensait à quoi ? aux parents ? aux études dont on était à peu près sûrs qu’elles étaient compromises ? A nos copains de lycée qui, abusés ou coupables, ou entraînés, servaient une idéologie opposée, paradant au Café de France, à Perpignan, revêtus de l’uniforme sombre, caressant devant les filles un pistolet dont ils se serviraient contre nous ? A moins qu’avant... mais là, dans le noir, dans la brume, un gros caillou de la route alors non goudronnée nous faisait trébucher et nous rappelait à des idées plus chrétiennes... peut-être à pas d’idées du tout... Qui sait quand "ça" finira ? Quand ? Cet adverbe égrenait et scandait notre pas, comme les Pater de Maria Chapdelaine. 19 ans... Et puis la forêt, souvent (toujours ?) dans la brume, au printemps, au Col de Jau en tout cas bien noire, la nuit, par les traverses de Lapazeuil, de la Rouquette, de la Vallée de la Castellane. Et on arrivait, et le vieux (il avait au moins 45 ans !) DONETTA gueulait ses injures. Mais le soleil se levait : comme c’est beau, le soleil qui se lève, têtu, inexorable, porteur de chaleur, de lumière et d’espoir ...

Une fois, nous y montâmes de jour : c’était plus dangereux. Le jour on vous voit. Nous en étions descendus l’avant-veille par le "chemin de la voie du Decauville" jusqu’à Cobazet, et de là à Prades par l’ancienne route du talc. Toujours la parenthèse nord de Prades, et la montée avec la tête tournée à 180° pour voir si Walter WIESE et ses bonnes intentions ne montaient pas avec sa 11CV Citroen. Cette frousse, à chaque bruit de moteur ! Il fallait dépasser la Forge parce que, au-dessus, ces messieurs n’aimaient pas trop s’aventurer "avec tous ces voyous". Les voyous couraient, de jour, pour monter ! Peur contre peur !
Au ponceau de la Coûme, quatre ou cinq jeunes, propres eux, et mon ami Pierre TELLIER avec qui j’avais été longtemps au collège. J’eus plaisir à retrouver ce garçon sérieux, normand, que je n’avais pas vu depuis un an, lors du baccalauréat. Il me vanta la Coûme, le bain intellectuel dans lequel il se complaisait, toujours aussi calme, le visage orné des mêmes lunettes d’écaille jaune, comme au bahut. Mais que cela me parut loin déjà, le temps du collège ! Nous étions des enfants. Nous étions étudiants : lui encore, à la Coûme; moi, plus tout à fait, caché dans une forêt dont je ne savais pas, non pas si j’en redescendrai, mais comment il était possible que j’en redescende.
J’enviai un moment TELLIER à qui sa mauvaise vision avait sans doute évité un départ en Allemagne : il n’avait pas besoin de se cacher, comme moi. Il n’avait pas à vivre dans les bois, isolé de tout. "Il est bien tranquille à la Coûme !" Mais je ne savais pas les drames d’alors à la Coûme. Je ne savais rien de cet établissement où se jouaient les ignobles péripéties de la chasse à l’homme, de l’arrestation, de la déportation de
Pitt KRUGER, des sacrifices imposés à sa famille. Pour moi, la quiétude et la liberté de Pierre TELLIER étaient le symbole d’une paix pour laquelle un de ses plus nobles défenseurs était persécuté. Je laissai Pierre TELLIER, et repartis vers "mon Col de Jau".
Je n’ai plus revu TELLIER. Ai-je été "marqué" par cette rencontre, par ce ponceau, par l’odeur des cistes au mois de mai . Par le hasard, s’il existe ? Ou ai-je sans le savoir obéi à cette "harmonie préétablie" chère à Leibniz où l’âme peut changer la destinée du corps ? Est-ce une simple coïncidence qui a voulu que, sept ans après ma rencontre de manoeuvre caché avec quelqu’un de la Coûme, je devinsse, pour plus de trente ans, le médecin de la Coûme et que je pusse m’autoriser à me prévaloir du titre d’ami de ces lieux, de ceux qui l’occupent, de ceux qui y ont laissé leur empreinte, et ce, depuis maintenant bientôt cinquante ans ! Les Etats d’Ame d’un jeune de 19 ans en 1944 ont peut-être forgé la solidité de cette amitié...

Henri G.

Mémoire vive - 2

La Coûme restera toujours à mes yeux d’enfant de merveilleux souvenirs : le regard d’Yvès, cette main fortement appuyée sur mon bras - "Petit frère" qui me mettait tant de baume au coeur et me faisait oublier les "mauvaises passes".
Elle restera une école de courage, de combat pour la vie et la communauté, partage de chaque chose, du colis, des joies, des peines... Elle est dans mon coeur un rayon de soleil sur un bouquet de feuillages roux d’automne dans le réfectoire, le goût des confitures en cachette, l’odeur du parquet mouillé après le "grand nettoyage" du samedi (et de la tartine de miel).
Yvonne attentive au moindre détail, n’oubliant personne, toujours active et dévouée à encourager chaque enfant ;
Gérard, partant avant l’aube au marché de gros de Perpignan ;
Monique nous faisant répéter des heures avec passion la pièce de théâtre dans la grande annexe ;
le regard serein de Pitt écoutant Mozart pendant "l’heure d’unité" le dimanche matin, Pitt tellement humain ;
les courses folles dans la montagne, la découverte des nids, les merises, les arbres de Noël, les mots d’Yvès écrits sur les livres offerts : "pour Philippe, ton premier Noël parmi nous, La Coûme, Noël 1958...", les friandises dans le papier crépon rose ou bleu, les biscuits et les chandeliers aux "advents", les joies, les fou-rires, les peines, les punitions, les regards tendres ou durs de l’Equipe, et aussi les encouragements "tu es sur la bonne pente"...

La Coûme, ce sont toutes ces valeurs pédagogiques, fondées sur un profond respect de l’Humain, de la nature et de la vie, et qui forment des hommes et des femmes responsables et courageux. Ces valeurs, plus que jamais indispensables dans le monde actuel, font apparaître le meilleur de nous-mêmes, une "bastille" de paix dans le coeur de l’Etre humain.
Au-delà des événements, se construit l’expérience. Pitt et Yvès nous donnent, par l’exemple de leurs vies, les clefs du bonheur : faire face à n’importe quel événement sans la moindre crainte. Ne pas se laisser ébranler intérieurement. Vivre avec à chaque instant un espoir brûlant, qui rend invincible, et acquérir un état de vie joyeux, aussi vaste que l’Univers, quelles que soient les circonstances. Je m’efforce d’utiliser ces "clefs" comme modèle de comportement, c’est, à mes yeux, la meilleure façon de rendre hommage à Pitt et Yvès Krüger.

Philippe C. (La Coûme 1958 - 1966)
Membre de la Fondation Krüge
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Le thème du numéro : Noël à La Coûme

Noël à la Coûme

Après que chaque avent, sur les lustres rustiques,
Ait ajouté le feu de l’esprit vigilant
Qui longtemps se prépare au bel événement
Toujours aussi nouveau depuis les temps bibliques,

Voici venir la nuit que tisse de cantiques
L’homme qui se découvre encore un coeur d’enfant...
Une voix grave dit l’Evangile, et reprend
Le fil du vieux récit à travers les musiques

Et les chants des bergers humbles et savoureux...
Puis, autour de la table, aux lueurs de bougies,
S’anime le bouquet des figures amies,

Fronts lisses ou ridés côte à côte et joyeux
De partager en paix l’agape fraternelle
Près du sapin brillant d’espérance éternelle...

La Coûme, 24 décembre 1974

Noël

Noël, Noël,
Joyeux Noël !
Les enfants
Sont contents.
Le Père Noël
Descend,
Descend,
Avec
Son traîneau d’argent.

Groupe de petits
de la Coûme

Le thème du numéro : Noël à La Coûme

Je voudrais évoquer les inoubliables Noëls à la Coûme

Adrien et moi en avons passés avec l’équipe, les enfants, les amis, les parents invités quand leur enfant devait quitter la Coûme à la fin de l’année scolaire !
D’abord les préparatifs ! les répétitions de musique et de chant avec Yvès, de théâtre avec Monique, les dessins pour les cartes de voeux et la confection des gâteaux par les petits autour d’Yvonne tous les dimanches après-midi.
Quels ateliers !
Et les quatre dimanches d’"Advents" avec leur rite toujours identique : les lustres dans le réfectoire avec une bougie, pour le premier, sur chacun, le premier dimanche, puis deux, puis trois... et ainsi jusqu’au 24 au soir où tout était illuminé avec, en plus, le beau sapin dans le coin du réfectoire. Et, en plus des bougies, au même rythme 1, 2, 3, 4, pendant les veillées, en écoutant les merveilleuses histoires d’Yvès ou de Monique, on dégustait 1, 2, 3, 4 biscuits préparés par les enfants, plus 1, 2, 3, 4 chocolats.
Et Gérard à ses fourneaux s’y prenait tôt, lui aussi, pour préparer les pâtés de lapin, les rillettes, etc, qui commençaient les repas de vacances. Puis, c’était la préparation du réveillon, les hors-d’oeuvre, les dindes, la bûche de plusieurs mètres, ... enfin un repas 3 étoiles digne des plus grands restaurants, sur les tables parées de nappes blanches, de sapins. Et la place de chacun était marquée par une petite carte à son nom décorée par les enfants avec tant de soin ! Nous les avons toutes conservées.
Après le grand nettoyage le matin du 24, le plumage des volailles et l’épluchage des salsifis dans le remise, ouf !, une bonne douche, un repas sommaire pour garder bon appétit pour le régal du soir, mais qu’il était bon le minestrone et aussi les pommes de la Coûme !
Ensuite, une sieste (?), enfin un repos au calme (?) dans les dortoirs jusqu’à l’appel d’un adulte vers 19h. Quelle précipitation partout : chacun mettait ses plus beaux habits (certains même mettaient un noeud papillon, ils se reconnaîtront !), les souliers les mieux cirés, et attendaient avec impatience le début de la fête.
Alors tout ce monde qui attendait devant le réfectoire illuminé entrait dans le plus grand silence, admirait tout et se régalait d’avance.

C’était le concert dirigé par Rainer, les chants par Yvès ou Monique et la lecture de l’Evangile par Pitt, puis "Mon beau sapin" au pied de l’arbre. Alors chacun se précipitait à la recherche de sa place, dégustait tout, riait, chantait jusqu’au moins minuit.
"Au lit ! les petits", disait Yvès, "mais un par dortoir rapportera les souliers avec les petites étiquettes et son nom dedans !"
Alors commençait la cérémonie traditionnelle des "cornets", seules friandises autorisées, et les mêmes pour tout le monde, dans leurs papiers rouges ou bleus. Leur confection était le privilège des adultes.
Yvès était assise derrière des piles de livres, un pour chaque enfant, choisi avec soin pour qu’il soit beau et qu’il l’intéresse. Et devant la grande cheminée on déposait près de chaque paire de chaussures, le livre et un cornet. Les adultes, eux, avaient les leurs au pied de l’arbre.
Mais ce qui m’a marqué le plus, c’était le matin du 25 quand Yvès ouvrait la porte du réfectoire, de voir tous ces enfants bondir sur leurs chaussures pour voir le livre qu’ils avaient eu. Je revois encore les yeux brillants de joie d’Yvès. Je crois que pour elle c’était un des meilleurs moments de sa vie.
Après un grand déjeuner-dîner avec la vaisselle d’Italie, c’était le théâtre des enfants avec Monique et le départ en vacances. Adrien et moi passions souvent toutes les vacances avec l’équipe et les amis qui restaient.

Je suis sûre que des élèves de toutes les époques, que j’ai connues ou non, ont les mêmes souvenirs que moi.Et je serais bien contente s’ils m'écrivaient pour me dire ce que j’ai oublié et que eux aimaient.

Raymonde B. et Adrien.

A VOS PLUMES !

En vue d’une éventuelle publication concernant les méthodes éducatives et pédagogiques de la Coûme, nous aurions besoin de la collaboration du plus grand nombre possible d’entre vous.

Tous les avis, tous les souvenirs, toutes les critiques ont leur prix. Elèves, parents, enseignants, éducateurs, amis collaborateurs divers, ont leur opinion personnelle, en tout cas sur certains aspects du travail de la Coûme.

Toute aide sera la bienvenue, même sous forme de notes non rédigées, voire d’anecdotes, de récits d’événements qui les ont frappés, etc, et qui apportent un éclairage sur ces méthodes.

Comme il faut "battre le fer pendant qu’il est chaud", nous serions heureux si vous pouviez nous envoyer à la Coûme, dès que vous l’aurez écrit, ce que vous pensez important et utile. Bien sûr, si certains préfèrent enregistrer une cassette, ce sera aussi une excellente idée. Merci à tous.

Ce travail ne doublerait en aucune manière le livre sur la Coûme, dont le but était de donner une vue d’ensemble de tout ce qui a fait la richesse de l’expérience, et non pas d’insister sur les méthodes d’éducation et de pédagogie.

Nous pensons qu’il pourrait intéresser et aider, en plus des anciens, en particulier de jeunes enseignants et éducateurs.


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